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extrait de "ce côté-ci de la rivière" de alain emery

Quand je suis ressorti de la maison - un peu paniqué, je dois dire - ils m'attendaient déjà dans la cour, en cercle, droits et silencieux. Immédiatement, j'ai reconnu, un peu détaché des autres, le Loison, un vieux dur à cuir, tanné de peau et blanc de cheveux, connu pour être un sacré braconnier et, à ses cotés, Garenne, son fils, qu'on surnommait ainsi parce qu'il avait de grandes dents et de longues oreilles. A leur droite, se tenaient le gros Tourquin, un maquignon à l'image des percherons qu'il menait, avec des nœuds dans les genoux et une croupe immense, et l'Achille Ringlet, un braconnier lui aussi, qu'on appelait le Pinson. Ils semblaient plus distants qu'à l'ordinaire et j'ai compris pourquoi quand j'ai baissé les yeux vers le tombereau, et que j'y ai découvert, allongé et mal en point, un homme que je connaissais bien, lui aussi.
Le Taiseux, c'est ainsi qu'on l'appelait, dans tout le pays. Ce n'était désormais qu'un pêcheur de misère, rude et tout d'une pièce mais, autrefois, il avait été passeur, pour les bêtes et les hommes. Le pont qu'on avait jeté par-dessus la rivière, avant guerre, l'avait tout bonnement dépouillé et laissé juste bon à marauder dans les marécages, qu'il connaissait par cœur et dans lesquels il passait ses journées à chasser, pêcher et à boire. Il ne parlait pour ainsi dire plus du tout.

Entretien avec Alain Emery sur le blog des Editions du barrage

Lien permanent Catégories : Editions du Barrage & Concours de nouvelles 0 commentaire

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