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auteur contemporain

  • extrait de "ce côté-ci de la rivière" de alain emery

    Quand je suis ressorti de la maison - un peu paniqué, je dois dire - ils m'attendaient déjà dans la cour, en cercle, droits et silencieux. Immédiatement, j'ai reconnu, un peu détaché des autres, le Loison, un vieux dur à cuir, tanné de peau et blanc de cheveux, connu pour être un sacré braconnier et, à ses cotés, Garenne, son fils, qu'on surnommait ainsi parce qu'il avait de grandes dents et de longues oreilles. A leur droite, se tenaient le gros Tourquin, un maquignon à l'image des percherons qu'il menait, avec des nœuds dans les genoux et une croupe immense, et l'Achille Ringlet, un braconnier lui aussi, qu'on appelait le Pinson. Ils semblaient plus distants qu'à l'ordinaire et j'ai compris pourquoi quand j'ai baissé les yeux vers le tombereau, et que j'y ai découvert, allongé et mal en point, un homme que je connaissais bien, lui aussi.
    Le Taiseux, c'est ainsi qu'on l'appelait, dans tout le pays. Ce n'était désormais qu'un pêcheur de misère, rude et tout d'une pièce mais, autrefois, il avait été passeur, pour les bêtes et les hommes. Le pont qu'on avait jeté par-dessus la rivière, avant guerre, l'avait tout bonnement dépouillé et laissé juste bon à marauder dans les marécages, qu'il connaissait par cœur et dans lesquels il passait ses journées à chasser, pêcher et à boire. Il ne parlait pour ainsi dire plus du tout.

    Entretien avec Alain Emery sur le blog des Editions du barrage

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  • extrait de "gringa" de jean-louis parrot

    C'était un village de la côte brésilienne, blotti entre la jungle et l'océan. Deux hommes marchaient dans ses rues étroites. Métis de noir et d'indien, comme sculptés dans la plus pure ébène, ils avaient tous les deux la même peau couleur de miel et cette nonchalance qui fait danser le pas. Arrivés au port, ils contemplèrent leur bateau, une frêle embarcation multicolore qui cahotait sur l'eau. C'était leur seul bien au monde, cette barque faite de bois et de beaucoup de peinture et ces hommes la choyaient d'un amour jaloux. Dans la minuscule cabine, ils avaient même cloué une croix. Ils sautèrent en souplesse sur le pont, défirent les amarres et mirent le cap au large. Le bateau enfonça sa proue dans l'eau bleue et s'éloigna de la côte où la jungle frissonnait à chaque coup de vent. L'un d'eux leva soudain la tête. -Pas beaucoup de ciel... dit-il. Les nuages s'accumulaient, assombrissant le jour. Ils jetaient leur premier filet quand la foudre éclaboussa le ciel d'une lumière blanche. Le tonnerre claqua. La mer bleue devint mauve puis noire, les vagues hachées par des éclairs. Des flèches de pluie cinglèrent les flancs du bateau, les douchant d'une eau dure, horriblement salée.

    Entretien avec Jean-Louis Parrot: voir le post du 6 juin 2008.

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