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Apprendre à vivre avec ses fantômes... bonne année 2015

Apprendre à vivre avec ses fantômes...

Bonne année 2015 !
 
 
 
En Asie du Sud-est, en Thaïlande, au Cambodge... les chiens aboient, hurlent, sont souvent très bruyants et nombreux, la nuit, dans les soi, autour des maisons. Mais on ne les tue pas... on ne leur fait pas de mal.
Car ces hurlements sont l'expression des fantômes. Les chiens hurlent parce qu'ils voient les fantômes (les khmocs) dans la nuit. 
Une légende raconte que les chiens ont ce pouvoir parce qu'un d'entre eux a mangé la plante magique qui permet de voir l'invisible, la prâdal prahon... Ainsi chacun apprend à vivre avec les fantômes: avec les morts, le passé, l'Histoire...
A Bordeaux, les fantômes des nombreux esclavagistes qui ont fait la fortune de la ville hantent les rues au point que certaines rues portent leur nom. Et cela crée forcément des tensions. Des associations pointent ce problème du doigt, des descendants d'esclaves, des familles de victimes s'insurgent ou pleurent en silence ce passé honoré par la viographie bordelaise.
Les descendants de ces fantômes ne sont pas responsables des horreurs commises par leurs ancêtres. Ce sont des jeunes qui vivent en paix, famille toujours aisée, reconnue, appréciée: avocats, négociants, marchands, tous acteurs d'un Bordeaux moderne dans lequel ils jouent un rôle actif.
Portal, Ministre de la Marine et des Colonies, un des plus fervents esclavagistes a aussi été le maire de Bordeaux-centre en 1800.
Depuis 20 ans que cette colère augmente les pouvoirs publics n'ont jamais eu de réponses adaptées.
La seule étant de refuser l'obstacle: impossible de rebaptiser une rue par exemple. Or rebaptiser une rue c'est difficile mais ce n'est pas impossible. D'ailleurs les villes françaises ne cessent de rebaptiser, encore Villejuif récemment qui ne veut plus d'un parvis George Marchais... Autre réponse: on ne peut pas réécrire l'Histoire. Mais il ne s'agit pas de réécrire l'Histoire, seulement de ne plus faire honneur à des criminels. L'esclavage a été reconnu crime contre l'humanité au début des années 2000...
Le sens d'une viographie c'est bien la dimension honorifique. Alors ce n'est pas l'Histoire qu'il faut relire à Bordeaux car tout le monde la connaît et personne ne la conteste... C'est la Mémoire qu'il faut relire: ce que l'on conserve de cette Histoire et qui nous impose le respect et le devoir de nous souvenir dans un but humaniste. Pour aimer les autres à travers leurs actions: médecins, résistants, artistes...
Ces hommes esclavagistes bordelais qui étaient aussi des négociants, des grands politiques, des constructeurs, il faut accepter qu'ils soient bien quelques uns de nos fantômes... 
Que ces hommes portent le nom de nos rues (Journu Auber, Portal, Fonfrède, Balguerie, Saige,...) en les honorant c'est ne pas l'accepter. C'est faire comme s'il ne s'était rien passé. 
Bordeaux doit apprendre à vivre avec ses fantômes.
Un jour ces plaques tomberont quoiqu'il en soit... tel est le sens de l'Histoire... mais quand? En espérant que cette année 2015 apporte à chacun moins de haine que 2014 a pu en produire, davantage d'espoir et donne autant d'occasions pour repousser l'abject et célébrer la solidarité et les valeurs de partage et d'amitié qui unissent les hommes et les peuples.
 
 
 
 
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